9 février 2026
Quand l’hiver recouvre les Alpes de neige, la montagne offre un décor spectaculaire qui attire chaque année de plus en plus de pratiquants : raquette, ski de randonnée, ski nordique… Pourtant, derrière cette apparente tranquillité se cache une période critique pour la faune sauvage. Le froid, la rareté de la nourriture et l’épaisseur de la neige transforment l’hiver en véritable épreuve de survie.
Dans ce contexte, la présence humaine peut avoir des conséquences bien plus importantes qu’on ne l’imagine. À travers le cas du gypaète barbu et du tétras lyre en particulier, explorons au travers de cet article les enjeux de l’hiver en montagne et les comportements à adopter pour pratiquer en limitant son impact.
En hiver, les animaux de montagne luttent en permanence pour économiser l’énergie
En altitude, l’hiver dure plusieurs mois. Les températures négatives, l’enneigement prolongé et l’accès limité à la nourriture obligent les animaux à adopter des stratégies de survie très fines. La règle est simple : économiser chaque calorie.
Les ongulés alpins (chamois, bouquetins, cerfs, chevreuils) ralentissent leur métabolisme, limitent leurs déplacements et se regroupent dans des zones refuges bien exposées (adrets, forêts, barres rocheuses). Chaque fuite inutile représente une dépense énergétique importante. Un dérangement répété peut entraîner un amaigrissement progressif, rendant les animaux plus vulnérables aux maladies, aux accidents et à la mortalité de fin d’hiver.
Un animal qui fuit n’est pas un animal « en bonne santé » : c’est souvent un animal en difficulté.

Le gypaète barbu : un géant du ciel très sensible au dérangement
Avec son envergure impressionnante, le gypaète barbu est devenu un symbole du retour de la biodiversité dans les Alpes. Pourtant, cette espèce reste fragile.

Contrairement à beaucoup d’oiseaux, le gypaète commence sa reproduction en plein hiver. Les couples nichent sur des falaises abruptes, souvent fréquentées par les skieurs de randonnée, alpinistes ou parapentistes. Un dérangement répété à proximité du nid peut provoquer l’abandon de la couvée.
Pour limiter ces impacts, des Zones de Sensibilité Majeures (ZSM) sont mises en place autour des sites de nidification. Ces zones, temporaires ou permanentes, visent à garantir la tranquillité nécessaire au succès reproducteur.
En savoir plus :
Le tétras lyre : survivre caché sous la neige
Plus discret mais tout aussi emblématique, le tétras lyre est l’une des espèces les plus sensibles au dérangement hivernal. En hiver, il adopte une stratégie étonnante : il s’enfouit sous la neige dans un « igloo » pour se protéger du froid et des prédateurs.

Lorsqu’un skieur ou un raquettiste passe à proximité, l’oiseau peut être contraint de s’envoler brutalement. Cette fuite provoque un stress intense et une dépense énergétique parfois fatale, surtout en fin d’hiver lorsque les réserves sont épuisées.
Pour protéger l’espèce, des zones de quiétude sont instaurées dans les secteurs clés. Même si l’oiseau est invisible, le dérangement peut être bien réel.
En savoir plus :
Panorama non exhaustif des aires de protection de la faune hivernale
Consulter les zones de sensibilité
Pratiquer la montagne en hiver : un impact à maîtriser
Les sports de nature ne sont pas incompatibles avec la préservation de la faune, à condition d’adopter les bons réflexes.
Les dérangements sont souvent involontaires : traces hors itinéraires, passages répétés en lisière de forêt, traversées de zones refuges. Pourtant, quelques ajustements suffisent à réduire fortement l’impact.
Les bons réflexes du pratiquant responsable
Avant la sortie
- Se renseigner sur les zones de quiétude et ZSM
- Préparer son itinéraire à l’avance
- Consulter les cartes faune : biodiv-sports.fr
Sur le terrain
- Rester sur les itinéraires balisés ou recommandés
- Éviter les forêts denses et les pentes ensoleillées fréquentées par la faune
- Garder ses distances avec les animaux observés
- Ne jamais suivre ou encercler un animal
- Tenir les chiens en laisse
À éviter absolument
- Couper à travers bois
- Traverser une zone réglementée, même « rapidement »
- Chercher à observer ou photographier la faune de près
Des dispositifs locaux pour concilier nature et loisirs
La protection de la faune alpine repose sur une collaboration étroite entre parcs naturels, associations naturalistes, collectivités locales et acteurs du tourisme.
ZSM, zones de quiétude, signalétique sur le terrain, cartographies interactives et actions de sensibilisation permettent aujourd’hui de mieux concilier pratiques sportives et préservation du vivant.
Ces dispositifs ne sont efficaces que s’ils sont connus et respectés. En tant que pratiquant, s’informer devient un acte de protection à part entière.
Une montagne à partager avec le vivant
Pratiquer la montagne en hiver est un privilège. Mais c’est aussi une responsabilité. Dans un contexte de changement climatique et de pression croissante sur les milieux naturels, chaque dérangement compte.
Respecter la faune hivernale, ce n’est pas renoncer à l’aventure : c’est choisir une montagne plus silencieuse, plus respectueuse et durable.
La meilleure trace que nous puissions laisser en hiver est celle qui ne dérange personne.
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Vidéos :
Tétras-Lyre, animal emblématique des Alpes

















